Polysaccharides ou bêta-glucanes : la différence qu'on ne vous montre pas

· Vitalyia · 5 min de lecture

Différents types de champignons séchés disposés sur un tissu clair

Entre polysaccharides et bêta-glucanes, la différence est simple mais lourde de conséquences : les polysaccharides forment une grande famille de sucres complexes, alors que les bêta-glucanes en sont une sous-catégorie précise, celle qui intéresse réellement quand on parle de champignons comme le reishi ou le lion's mane. Un produit peut afficher « 30 % de polysaccharides » et contenir très peu de bêta-glucanes : le premier chiffre englobe aussi l'amidon et d'autres sucres qui n'ont rien à voir. C'est presque toujours le taux de polysaccharides, plus flatteur, qu'on vous montre en premier.

Polysaccharides : une famille très large, pas un gage de qualité

Le mot « polysaccharide » désigne n'importe quelle longue chaîne de sucres. L'amidon en est un, la cellulose aussi, le glycogène également. Dans un extrait de champignon cultivé sur grain, une part importante de ce qu'on mesure comme « polysaccharides totaux » peut en réalité provenir du substrat de céréales — de l'amidon, donc — et non du champignon lui-même.

C'est là que le premier chiffre devient trompeur. Un dosage à « 40 % de polysaccharides » sonne impressionnant, mais il ne dit rien sur la nature de ces sucres. La méthode d'analyse la plus courante pour les polysaccharides totaux, dite au phénol-sulfurique, ne fait pas la différence entre un bêta-glucane de champignon et l'amidon d'un grain d'avoine. Résultat : on peut gonfler le chiffre sans changer la matière première utile.

Pour comprendre d'où vient cet amidon, notre article sur ce que « cultured on organic whole oats » veut dire vraiment détaille le rôle du substrat céréalier dans les extraits de mycélium.

Comparaison entre un dosage de polysaccharides et un dosage de bêta-glucanes

Bêta-glucanes : la fraction précise, plus difficile à mesurer

Les bêta-glucanes sont une catégorie particulière de polysaccharides, définis par un type de liaison chimique entre les molécules de glucose (les liaisons bêta-1,3 et bêta-1,6). Dans les champignons, ce sont eux qui constituent la fraction la plus étudiée. Les mesurer demande une méthode enzymatique spécifique, plus longue et plus coûteuse que le dosage global des polysaccharides.

Cette différence de coût explique en grande partie pourquoi tant d'étiquettes s'arrêtent au chiffre des polysaccharides. Analyser les bêta-glucanes suppose un test dédié, souvent externalisé en laboratoire. Une marque qui affiche un taux de bêta-glucanes accepte donc une contrainte analytique que beaucoup préfèrent éviter — ce qui fait de ce chiffre un signal de transparence bien plus qu'un simple argument marketing.

Pourquoi le premier chiffre montré est presque toujours le plus gros

La logique commerciale est mécanique. Entre deux nombres décrivant le même produit, on met en avant celui qui impressionne. Or le taux de polysaccharides totaux est structurellement plus élevé que celui des bêta-glucanes, puisqu'il additionne le tout et une seule partie. Afficher « 30 % de polysaccharides » plutôt que « 12 % de bêta-glucanes » relève du même réflexe que privilégier le plus gros milligramme sur un flacon.

On retrouve exactement ce mécanisme sur les dosages : nous l'avons documenté dans notre analyse expliquant pourquoi le plus gros chiffre est souvent le moins bon produit. Le chiffre le plus visible n'est pas celui qui informe le mieux, c'est celui qui vend le mieux.

Certaines marques ont fait le choix inverse et affichent le taux de bêta-glucanes. Hifas da Terra, laboratoire espagnol spécialisé, communique de longue date sur cette fraction précise dans ses extraits. Real Mushrooms, de son côté, publie des certificats d'analyse mentionnant explicitement les bêta-glucanes et distingue leur taux des polysaccharides totaux. Ces choix décrivent une orientation de marché : mettre en avant le chiffre le plus exigeant plutôt que le plus vendeur.

Analyse en laboratoire de la teneur en bêta-glucanes d'un extrait de champignon

Ce que disent les repères officiels

Il faut être clair sur le cadre : en Europe, aucune allégation santé n'est autorisée à ce jour pour les bêta-glucanes de champignons. L'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a en revanche évalué positivement les bêta-glucanes d'avoine et d'orge dans le contexte du cholestérol, ce qui rappelle une chose : « bêta-glucane » n'est pas une molécule unique, la structure varie selon la source, et un bêta-glucane d'avoine n'est pas un bêta-glucane de champignon.

Côté réglementaire, l'ANSES encadre les compléments alimentaires en France via un dispositif de nutrivigilance qui permet de signaler tout effet indésirable, et rappelle qu'un complément ne remplace pas une alimentation équilibrée. Enfin, plusieurs espèces de champignons dits adaptogènes relèvent du statut Novel Food au niveau de la Commission européenne, un point que nous détaillons dans notre dossier sur le statut réglementaire européen espèce par espèce. Ces repères ne transforment pas un chiffre en promesse : ils cadrent la façon dont on doit lire une étiquette.

Les chiffres réels du marché

Pour objectiver l'écart entre les deux mesures, voici des données relevées sur des produits du marché et compilées dans l'Observatoire des dosages de champignons. On y voit clairement pourquoi le taux de polysaccharides et celui de bêta-glucanes ne racontent pas la même histoire.

Type de produit Polysaccharides annoncés Bêta-glucanes mesurés Écart
Extrait reishi (fruiting body) ≈ 40 % ≈ 25 % −15 pts
Poudre mycélium sur grain ≈ 35 % ≈ 6 % −29 pts
Extrait lion's mane (fruiting body) ≈ 30 % ≈ 18 % −12 pts
Extrait cordyceps ≈ 28 % ≈ 14 % −14 pts

Fourchettes indicatives compilées par l'Observatoire des dosages de champignons (relevés 2024). Les valeurs varient d'un lot et d'un fournisseur à l'autre.

La ligne la plus parlante est celle du mycélium sur grain : l'écart entre polysaccharides annoncés et bêta-glucanes mesurés y est le plus grand, car une bonne part des sucres provient de l'amidon du substrat.

Tableau de taux de bêta-glucanes issus de l'Observatoire des dosages

Comment lire une étiquette en pratique

Le réflexe utile tient en une question : le taux affiché parle-t-il de polysaccharides ou de bêta-glucanes ? Si l'étiquette mentionne uniquement des « polysaccharides », vous ne savez pas quelle part est réellement de la fraction étudiée. Si elle donne un taux de bêta-glucanes, vous tenez un chiffre plus exigeant — et le fait qu'il soit plus bas est normal, pas un défaut.

Deuxième réflexe : vérifier la partie du champignon utilisée (corps fructifère ou mycélium) et l'existence d'un certificat d'analyse. Des acteurs comme Dynveo mettent à disposition des documents de traçabilité qui permettent de relier un lot à ses analyses. Pour aller plus vite, notre méthode pour lire une étiquette en 60 secondes résume les points à balayer d'un coup d'œil.

Retenez l'essentiel : les polysaccharides forment le grand ensemble, les bêta-glucanes la fraction précise. Le premier chiffre est celui qu'on vous montre parce qu'il est plus gros ; le second est celui qui informe parce qu'il est plus difficile à mesurer et à afficher. Face à une étiquette, cherchez toujours de quel chiffre on vous parle avant de comparer — c'est la seule façon de comparer des produits sur la même base.